“Il faut avoir une raison de se lever le matin”

Depuis la crise des réfugiés de 2015, des centaines de milliers de personnes s’exilent à travers les îles grecques aux portes de l’Europe. Aujourd’hui, les flux se calment mais le chemin des exilés en demande d’asile reste bien compliquée. Le temps est perdu et leurs situations stagnent. Lamar et sa famille logent sur l’île de Lesvos depuis le début de l’année (2016), ils sont bloqués là-bas. Fatigué d’attendre, ce syrien a décidé de se battre, pour s’occuper.

Sain et sauf, Lamar doit gagner une seconde bataille, celle du temps.

Le visage fatigué et amaigris, Lamar discute et charrie un de ses amis avec un café à la main. Il est de retour au camp. “Vous savez, j’ai passé beaucoup de temps ici, et j’ai y fait des choses, alors c’est étrange de ne plus y être totalement”, sourit Lamar en jetant un regard à la “maison”, un mélange de préfabriqué et de tente. Il est assis sur le pallier de la demeure d’un de ses anciens voisins. Les bancs mis à disposition par le UNHCR servent de salon de jardin à ce “quatre heure” entre amis au sein du Camp de Kara Tepe, sur l’île de Lesbos. Lamar avait l’habitude de ces situations avant de quitter le site. Ce syrien d’une quarantaine d’années dépend d’un plan de relocation avec sa famille. “Ma petite fille a des problèmes de santé alors nous avons bénéficié d’un logement plus propice à son état”, explique Lamar. Depuis septembre, ses quatre enfants, sa femme et son frère partagent avec lui un petit appartement à Mytilini. Les conditions de vie de la famille demeurent plus agréables après près de sept mois dans le camp.

Lamar a fui le pays à cause de l’Etat Islamique. Il souhaite revenir en Syrie mais pour l’instant ce n’est pas possible. La situation reste trop dangereuse pour lui et sa famille. Il était archéologue de profession. Avant la guerre, il avait rejoint l’entreprise de son frère qui a été prise et pillée par l’Etat Islamique. “Nous avons laissé tout derrière nous… Le chemin était compliqué, nous avons sept heures sous la pluie et avec les enfants”. L’entrée en Europe s’est avérée plus compliquée, avec leur passage obligatoire par l’île de Lesbos. Ils ont obtenu leur premier papier démontrant leur statut de réfugiés, mais pas sans difficulté. “J’ai été à plusieurs reprises au camp de Moria, je laissais mes enfants seuls avec ma femme toute la journée, c’était dur”. Aujourd’hui, ils attendent ensemble sur l’île que leur demande d’asile soit acceptée par un pays de l’UE. Sans réponse positive, ils sont contraints de rester aux portes de l’Europe.

S’investir pour ne pas faiblir

Le camp est placé sur les hauteurs de la côte Est de l’île. Il est possible d’apercevoir la Turquie. En cette journée ensoleillée, le vent se soulève progressivement et laisse la mer s’agiter. “Pour tout le monde, l’étape par la mer entre la Turquie et Lesbos reste la plus compliquée… pour nous, c’était la plus simple avec tous les problèmes que nous avons connu avant sur la route”, sourit nerveusement le syrien, en regardant la mer derrière lui. Lamar nous fait une visite du camp. A travers les allées de tentes se trouve un potager. Il a créé cet endroit au début de son arrivée pour s’occuper. “J’aime bien ce qui est vert et puis je voulais avoir quelque chose à faire le matin en me levant” explique le Syrien. Des salades, des courgettes et d’autres légumes ont vu le jour dans cet espace vert. Sans rien ici, c’est un bénévole qui lui a donné quelques pièces. Il a pu acheter avec cela des graines et égayer un peu plus la vie du camp. Lamar a tenu à lui rendre hommage pour cette belle action. Le portrait dessiné de ce bénévole surveille le potager. Le Syrien aurait souhaité s’investir davantage dans le camp pour que des infrastructures soient réalisées plus rapidement. “Je voulais faire quelque chose pour occuper mon temps et que notre vie ici soit plus agréable”.

Repartir de l’avant

Certes l’Allemagne demeure son objectif puisque des membres de sa famille y sont installés depuis déjà des années. Mais il n’est pas possible pour l’instant de les rejoindre sans accord de l’Union Européenne. Leur circulation hors de l’île grecque reste illégale. Alors, avec sa famille sur place, ils choisissent de s’intégrer à leur premier pays d’accueil. “ Je prends des cours et d’anglais pour pouvoir commencer à trouver un travail”. Tous les jours, il part pour ses cours de langues mis en place par des associations de la ville de Mytilini. La dernière bonne nouvelle pour la famille c’est l’entrée en scolarité grecque pour les enfants. Sur l’île de Lesbos, tous les citoyens n’aspirent pas à un bel accueil des réfugiés. Pour autant, le ministère de l’éducation a décidé d’admettre dans des classes spéciales, des enfants réfugiés. La décision ressemble à un premier pas vers une possibilité d’intégration au paysage grec.

Sophie Hériaud – Novembre 2016

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