Le football comme raison de survie

Au sein du camp d’Eleonas à l’Ouest d’Athènes, Camara et Salim, deux jeunes garçons aux espoirs indescriptibles, s’entraînent. Ils sont réfugiés économiques depuis maintenant quatre ans. Malgré des conditions d’entraînements peu favorables, ils  continuent de se battre pour la raison de leur départ du Mali, le football.

 

 

Sveltes, dissimulant des épaules musclées sous leurs fins marcels orange et blanc, deux grands jeunes hommes se présentent à l’accueil du camp d’Eleonas, dans la zone industrielle de Votanikos à Athènes. D’un large sourire, un peu intimidé, l’un se présente. Il s’appelle Camara, est latéral gauche de l’équipe du premier camp de réfugiés en Attica. Il est accompagné de son acolyte depuis la plus jeune enfance Selim. Lui, il “joue plutôt des deux pieds”, rigolent-ils. Assez polyvalents, ils peuvent évoluer tous les deux au milieu de terrain. “Le football fait oublier beaucoup de choses, de problèmes… C’est un plaisir de jouer, c’est notre travail”, confie Salim. Le plaisir de jouer dépasse le loisir, ils travaillent dur pour que cette discipline devienne leur métier. Ils sont à l’initiative de la création de l’équipe de football d’Eleonas qui se constitue de jeunes du site. «L’équipe dispose principalement de personnes originaires d’Afrique, mais il y a aussi un Afghan ».

 

Le football dans le sang, ils ont quitté le Mali voilà quatre ans. « Nous ne pouvions pas rester à Bamako, il n’y avait pas de possibilité. Le football c’est très important pour nous, alors nous avons décidé de venir ici », balaie Camara, sans s’épancher davantage. Cette décision mûrement réfléchie, les a séparés de leur famille et les as confrontés à un voyage pas comme les autres. Ces deux jeunes hommes ont risqué leur vie pour essayer de percer dans le football professionnel. L’Algérie traversée, ils restent un mois en Turquie, où ils n’en gardent qu’un mauvais souvenir. “Nous voulions rapidement rejoindre l’Europe parce que c’est une terre d’asile et les droits de l’homme sont respectés”, ajoute Camara. Les voilà alors depuis février 2016 à Athènes. Ils résident dans le camp Eleonas parmi les 300 autres réfugiés.

 

Un entraînement compliqué

 Les deux jeunes hommes partagent chacun leur logement avec neuf autres personnes.  “Après les entraînements nous sommes fatigués, certains dans la chambre écoutent de la musique, discutent entre eux….Nous ne pouvons récupérer totalement mais nous n’avons pas le choix malheureusement”, explique Salim, en jetant un regard vers le camp. Les conditions ne sont pas les meilleures pour le football.

Et pourtant, ils restent confiants et s’entraînent avec l’équipe deux fois par jours sur des espaces ressemblant à des terrains de football. Avec l’engouement porté à cette équipe, un endroit plus propice à leur discipline est en construction au fond du camp. Les séances restent les mêmes que pour n’importe quel groupe : technique et physique. « Nous avons le minimum ici, nous avons achetés nos propres tenues et nos chaussures, mais nous jouons » ! Les joueurs sont entraînés par un bénévole sportif, Dimitri. Il est totalement à la hauteur pour les deux Maliens et leur apporte une grande aide puisqu’il permet notamment à l’équipe de jouer à « l’extérieur ». Le week-end, c’est jour de match face aux équipes du coin. « Une manière de rencontrer des locaux et de pouvoir s’exercer encore plus. Toutes les équipes te font progresser et puis si nous jouons bien, nous pouvons être repérés », ajoute Camara.

Leurs espoirs d’exercer leur métier de footballeur dans un grand club européen ne s’éteignent pas, malgré les situations compliquées. Loin des centres de formations européens, le camp d’Eleonas dispose peut-être des nouveaux grands noms de demain. En attendant leur heure, Camara et Salim repartent pour leur second entraînement de la journée, avec le sourire et le ballon sous le bras. Et en s’imaginant, peut-être, devenir les futurs Paul Pogba et Sergio Ramos, leurs modèles d’inspiration.

Sophie Hériaud – Novembre 2016

“Il faut avoir une raison de se lever le matin”

Depuis la crise des réfugiés de 2015, des centaines de milliers de personnes s’exilent à travers les îles grecques aux portes de l’Europe. Aujourd’hui, les flux se calment mais le chemin des exilés en demande d’asile reste bien compliquée. Le temps est perdu et leurs situations stagnent. Lamar et sa famille logent sur l’île de Lesvos depuis le début de l’année (2016), ils sont bloqués là-bas. Fatigué d’attendre, ce syrien a décidé de se battre, pour s’occuper.

Sain et sauf, Lamar doit gagner une seconde bataille, celle du temps.

Le visage fatigué et amaigris, Lamar discute et charrie un de ses amis avec un café à la main. Il est de retour au camp. “Vous savez, j’ai passé beaucoup de temps ici, et j’ai y fait des choses, alors c’est étrange de ne plus y être totalement”, sourit Lamar en jetant un regard à la “maison”, un mélange de préfabriqué et de tente. Il est assis sur le pallier de la demeure d’un de ses anciens voisins. Les bancs mis à disposition par le UNHCR servent de salon de jardin à ce “quatre heure” entre amis au sein du Camp de Kara Tepe, sur l’île de Lesbos. Lamar avait l’habitude de ces situations avant de quitter le site. Ce syrien d’une quarantaine d’années dépend d’un plan de relocation avec sa famille. “Ma petite fille a des problèmes de santé alors nous avons bénéficié d’un logement plus propice à son état”, explique Lamar. Depuis septembre, ses quatre enfants, sa femme et son frère partagent avec lui un petit appartement à Mytilini. Les conditions de vie de la famille demeurent plus agréables après près de sept mois dans le camp.

Lamar a fui le pays à cause de l’Etat Islamique. Il souhaite revenir en Syrie mais pour l’instant ce n’est pas possible. La situation reste trop dangereuse pour lui et sa famille. Il était archéologue de profession. Avant la guerre, il avait rejoint l’entreprise de son frère qui a été prise et pillée par l’Etat Islamique. “Nous avons laissé tout derrière nous… Le chemin était compliqué, nous avons sept heures sous la pluie et avec les enfants”. L’entrée en Europe s’est avérée plus compliquée, avec leur passage obligatoire par l’île de Lesbos. Ils ont obtenu leur premier papier démontrant leur statut de réfugiés, mais pas sans difficulté. “J’ai été à plusieurs reprises au camp de Moria, je laissais mes enfants seuls avec ma femme toute la journée, c’était dur”. Aujourd’hui, ils attendent ensemble sur l’île que leur demande d’asile soit acceptée par un pays de l’UE. Sans réponse positive, ils sont contraints de rester aux portes de l’Europe.

S’investir pour ne pas faiblir

Le camp est placé sur les hauteurs de la côte Est de l’île. Il est possible d’apercevoir la Turquie. En cette journée ensoleillée, le vent se soulève progressivement et laisse la mer s’agiter. “Pour tout le monde, l’étape par la mer entre la Turquie et Lesbos reste la plus compliquée… pour nous, c’était la plus simple avec tous les problèmes que nous avons connu avant sur la route”, sourit nerveusement le syrien, en regardant la mer derrière lui. Lamar nous fait une visite du camp. A travers les allées de tentes se trouve un potager. Il a créé cet endroit au début de son arrivée pour s’occuper. “J’aime bien ce qui est vert et puis je voulais avoir quelque chose à faire le matin en me levant” explique le Syrien. Des salades, des courgettes et d’autres légumes ont vu le jour dans cet espace vert. Sans rien ici, c’est un bénévole qui lui a donné quelques pièces. Il a pu acheter avec cela des graines et égayer un peu plus la vie du camp. Lamar a tenu à lui rendre hommage pour cette belle action. Le portrait dessiné de ce bénévole surveille le potager. Le Syrien aurait souhaité s’investir davantage dans le camp pour que des infrastructures soient réalisées plus rapidement. “Je voulais faire quelque chose pour occuper mon temps et que notre vie ici soit plus agréable”.

Repartir de l’avant

Certes l’Allemagne demeure son objectif puisque des membres de sa famille y sont installés depuis déjà des années. Mais il n’est pas possible pour l’instant de les rejoindre sans accord de l’Union Européenne. Leur circulation hors de l’île grecque reste illégale. Alors, avec sa famille sur place, ils choisissent de s’intégrer à leur premier pays d’accueil. “ Je prends des cours et d’anglais pour pouvoir commencer à trouver un travail”. Tous les jours, il part pour ses cours de langues mis en place par des associations de la ville de Mytilini. La dernière bonne nouvelle pour la famille c’est l’entrée en scolarité grecque pour les enfants. Sur l’île de Lesbos, tous les citoyens n’aspirent pas à un bel accueil des réfugiés. Pour autant, le ministère de l’éducation a décidé d’admettre dans des classes spéciales, des enfants réfugiés. La décision ressemble à un premier pas vers une possibilité d’intégration au paysage grec.

Sophie Hériaud – Novembre 2016

Le regard de la jeunesse sur les réfugiés

Dans le cadre de son projet Erasmus +, le lycée Auguste Renoir à Asnière sur Seine ouvrait ses portes ce lundi à ses quatre autres partenaires européens : l’Italie, l’Allemagne, la Grèce, l’Espagne et la Lituanie. La thématique de ces deux années de rencontres porte sur les migrations en Europe. Une manière de sensibiliser les nouvelles générations.

 

La pièce des lycéens lance une critique aux décisions européennes prises sur la question des réfugiés.

Paris sonne comme la fin du beau parcours de ces jeunes lycéens. La France clôture le projet Erasmus+, « Migration Analysis Project ». Depuis deux ans, les lycéens français de premières et de terminales se sont rendus dans cinq autres pays. « C’est une belle expérience, c’est très enrichissant pour nous tous», explique Sarah, en terminale. La jeune fille a effectué un seul voyage et s’est rendue en Lituanie. Elle en a garde de très bons souvenirs. Les établissements vont passer une semaine au sein du lycée Auguste Renoir afin de mener à bien le projet et lancer leur exposition finale avec des productions réalisées par les élèves tout au long des six rencontres.

L’enjeu des rencontres

La thématique porte sur les migrations européennes et notamment celle qui touche l’Europe depuis 2015. « Nous avions décidé ensemble de la thématique avant la grande grande crise. C’est un concours de circonstances même si nous aurions aimé que cela ne se produise pas », ajoute le professeur d’anglais. Cette thématique permet de sensibiliser les générations de demain.

La pédagogie passe par le théâtre. Les élèves ont créé ensemble une pièce de théâtre où ils critiquent la politique européenne envers les réfugiés. Elle s’est effectuée en anglais avec des élèves des six pays. La représentation permet de prendre du recul par rapport à la situation. L’un des personnages à la table des représentants explique que lui même est issu de migrations. Il explique les raisons de sa fuite et les difficultés du voyage… Ce témoignage ressemble à celui de nombreux réfugiés.

Une rencontre intergénérationnelle

« Je suis arrivée à votre âge, à 18 ans en France, aujourd’hui je veux aider ces jeunes qui arrivent seul et sans repère », confie Abdallah Moubine représentant de l’association ATMF. Ce volontaire marocain consacre beaucoup de temps dans la cause des réfugiés. « On n’a pas d’argent, juste de la solidarité » sourit-il. Abdallah Moubine s’est entretenu l’après-midi avec les élèves du projet Erasmus + lors d’une table ronde (Si trouvait également Fadma Moumtaz pour le UNHCR, le proviseur du lycée du Pirée). Le volontaire estime qu’aujourd’hui ce sont les jeunes qui vont pouvoir faire quelque chose au sujet de l’avenir de la crise des réfugiés. A travers son témoignage, il permet de montrer que l’intégration est possible. Il en est la preuve. Un jeune soudanais l’accompagnait. Il venait témoigner de sa situation de réfugié. Il recommence à apprendre le français et souhaite trouver un emploi. Lequel ? Il n’est pas difficile, il veut s’occuper. De réels échanges s’effectuent entre lui et les élèves curieux d’apprendre davantage sur son parcours et ses choix d’exil. Avec cette rencontre ainsi que toutes celles qu’ils ont réalisées à travers les différentes étapes. Les lycéens peuvent enfin mettre des noms, des visages sur ces personnes qui ne sont pas seulement des réfugiés.

 

Ce dossier est une manière de rendre hommage à toutes mes rencontres, mais surtout de détruire les stéréotypes sur les réfugiés de la crise migratoire de 2010. Pendant des mois à Bremen, au Nord-Ouest de l’Allemagne, j’ai rencontré et essayé de comprendre au mieux la douleur de nos nouveaux voisins venus ici, non par choix mais par survie.

J’espère qu’après ces différentes productions, comme moi vous serez juste les regarder comme tout citoyen européen, comme tout citoyen du monde.