Grèce, voyage au coeur de la crise migratoire européenne

Suite à mon prix le monde – Unhcr 2016, je pars pour 12 jours en grèce afin de rencontrer des réfugiés et apprendre davantage sur cette crise européenne qui ne fait que progresser. Dans un premier temps, je serai à Athènes, pour m’envoler ensuite vers Lesvos. Ainsi, sur cette page je partagerai mon voyage et des anecdotes de mon premier periple accompagnée seulement de mon appareil photo et de mon bloc-notes.

 

solitude

Clap de Fin (ou de début): « Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser » A. Camus

Il est déjà temps pour moi, de regagner le sol français. Je longe une dernière fois les côtes de Mytilini. Non, il n’y a pas de réfugiés, de bateaux échoués, de gilets de sauvetage, de cris, de pleurs…. cette situation, c’était l’année dernière. Les réfugiés sont bien toujours présents sur l’île. Simplement, ils attendent à Kara Tepe, Moria et au village solidaire de KIPKA. A Athènes, la situation est exactement la même dans le camp d’Eleonas ou bien dans celui de Schisto. Ces citoyens du monde resteront bloqués encore des jours, des semaines, des mois et même surement des années tant que les autres pays européens ne deviendront pas plus solidaires et ne voudront pas accueillir plus de réfugiés, au sein de leur pays.
Ces personnes ont déjà assez perdues, entre la perte des membres de leur famille, de leur travail, de leur maison et de leur pays. Ils viennent des classes aisées des pays en guerre. Il faut arrêter les stéréotypes. Les personnes que je croise dans les camps étaient médecins, professeurs, archéologues, architectes, ouvriers, esthéticiennes… Et du jour au lendemain, ils ont du tout laisser. Ils ne viennent pas risquer leur vie pour « voler les économies des européens », seulement pour continuer de vivre.  Pourquoi devrions-nous les laisser mourrir? Et puis, vous voyez ces jeunes enfants jouer innocemment ensemble ou discuter en rond à même le sol, entre les tentes du UNHCR. Plus loin, il y a cette petite fille aussi, elle doit avoir à peine trois ans et dégage un sourire merveilleux. Quand vous faites attention à elle et que vous la regardez, elle s’approche timidement et vous entoure les jambes de ses petits bras fragiles. Un peu de joie dans une situation malheureuse. C’est pour cette nouvelle génération que je veux me battre. Actuellement, nous leur volons leur enfance en les laissant la vivre dans des camps.  Nous ne pouvons pas être pour ou contre les réfugiés, nous devons simplement être solidaires. Cette situation pourrait aussi arriver en Europe, en France. Nous ne comprendrions pas non plus pourquoi le monde nous abandonne.

Humainement et professionnellement, c’est une expérience inoubliable par mes rencontres de réfugiés, de bénévoles, des situations vécues et par la découverte de la réalité. Cette mission n’est que la première. D’autres personnes ont besoin d’être écoutées, j’arrive.

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Mytilene

Etape 11: Lesvos doit survivre. Sous une matinée ensoleillée, je rencontre Daphne, originaire d’Athènes, elle tient avec son mari depuis maintenant 22 ans, un hôtel au nord de Mytilini. L’interview se passe dans la salle de séjour, avec une vue impregnable sur la mer, le ponton… la Turquie. Ce pays proche et en même temps, si loin de l’île. Des réfugiés, ici il y en a toujours eu de passage. Daphne comme beaucoup de résidents les aidaient. Mais l’été 2015, c’était indescriptible. L’arrivée de milliers de bateaux s’enchaînait avec des personnes de générations et de situations différentes, d’une tristesse sans nom. Le même objectif en tête, rejoindre « le bus de l’Europe ». Il n’a jamais existé. C’est ce que les passeurs doivent leur raconter. Je vous laisse imaginer le désespoir dans lequel doivent être ces personnes. « Tout le monde pense beaucoup aux familles, aux enfants, aux femmes… Mais, j’étais marquée aussi par les personnes d’un certain âge qui débarquaient ici, après ce long voyage. Ils ne reverront jamais leur pays », s’indigne émue, mon hôte.  Aujourd’hui, c’est une toute autre réalité sur l’île. Les volontaires donnent toujours autant de leur temps à soutenir leurs nouveaux résidents, à l’aide d’initiatives sportives, éducatives et de dons de vêtements. Par contre, le problème actuel de lutter contre la nouvelle image de Lesvos, « île aux réfugiés ». Pour m’y promener en toute sécurité et y être depuis maintenant une semaine, la situation est « stable ». Les bateaux ne sont plus réguliers et n’arrivent plus quotidiennement. Nous ne croisons pas de réfugiés dans les rues, ni dans l’eau, ni sur la route, ni nulle part. Lesvos reste Lesvos. Du côté ouest de l’île, les habitants n’ont même pas dû rencontrer un seul réfugié… Cette mauvaise image doit changer puisque ce n’est pas la réalité de la vie sur l’île et cela crée une chute considérable du tourisme. Et puis soyons honnête, la solidarité de l’île de Lesvos va se fragiliser si l’on continue et malheureusement laisser place à la montée du faschisme. Nous devons tous lutter ensemble contre ce possible futur. Alors, vous avez votre prochaine destination de vacances 🙂

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L'innocence

Etape 10: Occuper son temps. Qu’ils soient dans des camps en Grèce, en Allemagne ou ailleurs dans le monde, les réfugiés arrivent dans ces endroits en laissant tout derrière eux. Ils attendent, attendent et attendent encore. Les procédures des demandes d’asiles requièrent du temps. Actuellement, la Grèce avance quasiment seule, les autres pays n’acceptent (pas assez) de réfugiés dans leur pays, ce qui suspend les procédures d’accueil. Les réfugiés sont alors coincés comme sur l’île de Lesvos. Des jours, des semaines, des mois… La famille de Mohammed attend depuis maintenant six mois dans le camp de Kara Tepe, la validation de sa demande d’asile. Volontaire et actif, il ne supportait pas d’attendre. Il s’est investi au sein du camp et a notamment mis en place un potager. « Pourquoi j’ai fait cet espace? Le matin quand je me réveillais, je voulais juste faire quelque chose », me répond t-il ému. C’est long de ne rien avoir à faire, simplement d’attendre. Malgré tout, ils essayent tous de trouver une activité. Des familles discutent. Des jeunes filles vont chercher du thé dans l’espace propice. Une maman fait sa lessive. Un papa cuisine devant sa tente accompagné de sa petite fille qui le regarde avec attention. Des enfants essayent de faire un cerf-volant avec les moyens du bord. Combien de temps encore vont-ils devoir perdre leur temps?

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Kara Tepe

Etape 9: « Transmets ce que voient tes yeux ». Ces mots me sont adressés par le dirigeant du camp Kara Tepe, au nord de Mytilini. Ils m’ont marqué par leur sens. Il ne sert à rien d’idéaliser ou de dénigrer les camps de réfugiés. Ils sont tels qu’ils sont, je dois seulement transmettre la réalité.  En soi un camp n’est jamais bien parce que c’est un camp. Mais Kara Tepe est agréable. Les gens dégagent des sourires. De mes visites d’Allemagne en passant par Athènes, ce camp me paraît le plus positif. Sa population est exclusivement composée de familles. L’innocence des enfants reprend une place importante sur la réalité de la situation. Sous le beau soleil grec, près d’une fontaine un petit garçon essaye de faire une bombe à eau à l’aide d’un ballon de baudruche. Il se concentre, rate, se fait arroser, sourit, puis rigole. Le temps d’un instant, il semble comme tous les enfants de son âge. Et puis, il y a cette rencontre d’une maman libanaise. Avec son visage coquet et souriant, elle explique qu’avec ses 4 enfants et son mari, ils ont fui le pays pour se sauver des conflits politiques. Ils résident dans le camp depuis 3 mois. Ils veulent rejoindre l’Allemagne où le plus âgé des enfants se trouvent depuis déjà deux ans. Encore une famille éclatée mais qui m’impressionne par son courage et son hospitalité. Nous sommes très bien reçues avec ma collègue du UNHCR. Je sens qu’ils sont contents de parler alors je les écoute et prend un réel plaisir à discuter. C’est un moment simple dans une situation compliqué.

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Lesvos

Etape 8 : La vie continue. Cette deuxième journée sur l’île s’est organisée en une visite de Mytilini. Connue pour ses ports, son château et ses belles plages, la ville vivait bien du tourisme avant la crise migratoire. Aujourd’hui, les terrasses des cafés et des restaurants sont moins bondées. Les touristes ont fui le nouveau Lesvos présenté par les médias. Pour autant, l’île garde toujours son charme. Les rues de Mytilini délivrent toujours autant de secrets. Les petits pêcheurs continuent leur activité de leurs barques ou du quai. Et sous le soleil grec, les jeunes n’arrêtent pas de se jeter dans cette mer qui enlève tant de vies. La vie à Lesvos doit reprendre son cours, sinon l’île devra à son tour être sauvée.

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Sauveteuses

Etape 7: « J’essaye de ne rien ressentir ». Après avoir quitté la capitale grecque, je suis arrivée à Lesvos hier dans la soirée. Cette île a été très médiatisée par ses arrivées massives en août 2015 de réfugiés. 8000 en un jour… Ce matin, je suis donc allée à la rencontre de deux volontaires. En dehors de leur travail ou de leurs études, elles donnent de leurs temps afin de venir en aide aux réfugiés. L’organisation Hellenic dont elles font partie sauve des réfugiés au large des côtes de Lesvos. Les sauvetages sont parfois très difficile à gérer pour l’équipe, ils font de leur mieux. De plus, ils sont également un soutien sur terre puisqu’ils accueillent les réfugiés à leur débarquement avec de la nourriture, des vêtements et leur apporte un soutien moral. Les situations sont compliquées pour ces deux femmes surtout quand on voit débarquer un enfant de quelque jours d’un bateau… Chaque sauvetage est différent et il faut mettre ses émotions de côté, afin de pouvoir sauver le plus de personnes.

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stade-olympique

Etape 6: Les Jeux Olympique et après ? Pour cette dernière journée à Athènes, je me suis rendue au stade Olympique de 2004. Le site et ses infrastructures sportives ressemblent à un site fantôme. Les cinq anneaux des festivités ont depuis longtemps laissé place aux mauvaises herbes et aux fissures. Certains des anciens sites olympiques sont désormais réquisitionnés par les autorités grecques afin d’y installer des réfugiés, tel que le site d’Elliniko. Je n’ai malheureusement pas réussie à décrocher les autorisations pour y accéder. Si je m’intéresse également au sport à Athènes, c’est parce que cela peut intégrer les réfugiés. Au sein du camp d’Eleonas, deux jeunes espoirs du football international s’entraînent tous les jours. Une situation bien loin des centres de formation du football français et pourtant, ces deux maliens continuent. Ils le défendent, le football leur permet de rencontrer des grecs, de sortir du camp et de s’intégrer au paysage athéniens.

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Etape 5: Continuer d’y croire ou arrêter? Ma dernière visite d’un camp à Athènes restera un moment important de mon périple. Je me suis rendue à Schisto, dans la province du port du Pyrée. La majorité des habitants vient d’Afghanistan. Des familles incomplètes, aux adolescents seuls et séparés de leurs parents, le site recueille une nouvelle fois des destins brisés par la guerre. Schisto a été installé sur une ancienne base militaire où sont étendues de grandes tentes du UNHCR, afin de loger les quelques 760 exilés. Ils sont de 8 à 10 par logement. Sous la chaleur grecque, les plus âgés jouent à des jeux de sociétés sous des arbres, tandis que de jeunes filles assistent sur une bâche à même le sol, à une leçon d’anglais à l’initiative d’une association. Chacun cherche à occuper son temps. Depuis janvier, ils sont là et pour beaucoup rien n’a changé. Certains refusent poliment de répondre à mes questions. A leur arrivée au sein du camp, ils étaient enthousiastes à l’idée de parler avec les journalistes. Ils pensaient que les articles pourraient les aider à avancer et finalement ils sont encore là. Ils ont perdu espoir et c’est compréhensif.  L’Etat grecque ne pourra pas gérer cette crise européenne seul alors que la nation elle-même doit faire des sacrifices depuis son entrée en recession. Et pourtant, c’est la situation actuelle.

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Etape 4: « Je devais sauver la vie de mes enfants ». Aujourd’hui, je me suis rendue au siège de SolidarityNow. Cette organisation grecque aide les personnes sans domicile fixe mais également les réfugiés de guerre. Ces derniers trouvent des logements pour un temps et une vie plus agréable, grâce au merveilleux travail des membres de SolidarityNow. Je me partie avec une équipe, chez une famille Syrienne. Chaque réfugié a son histoire, son ressenti et sa souffrance… cette maman de sept enfants m’a particulièrement marquée par son courage et sa détermination, à sauver ses jeunes enfants, seule. Par manque d’argent, ils n’ont pas pu tous partir. Trois membres de la famille sont toujours au pays. Trois des ainées sont déjà dans différents pays. Et les trois derniers résident en Grèce. Une famille explosée par la guerre en Syrie, parmi tant d’autres.

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Eleonas Camp © Sophie Hériaud

Etape 3Leurs sourires valent mieux que des mots. Pour ma première visite d’un camp en Grèce, j’ai été accompagnée d’une pluie incessante. Malgré ce temps désavantageux, j’ai réussi à trouver le chemin vers le plus ancien des camps d’Athènes. Eleonas Camp se trouve dans une zone industrielle où l’on ne fait que croiser des camions, gros et petits. Le camp se situe au fond d’une rue passante et se compose de trois sections. A mon arrivée aux alentours de 10 h, j’ai été accueillie par trois militaires de l’armée Grecque. Ils m’ont conduit vers la partie principale du camp, pour que je passe le contrôle des autorisations. Après plusieurs appels, des vérifications d’identité, Gerasimos, employé du ministère de l’immigration vient à ma rencontrer. La visite commence. J’ai 45 minutes pour découvrir la réalité de la crise migratoire. Avec ce temps, la plupart des 2200 habitants ne sortent pas. Ils restent dans leur « maison »: deux familles par conteneurs, 8 lits, et des sanitaires. Les enfants jouent au football dans l’une des deux grosses tentes accessible à tous. Les sourires aux lèvres, la pluie ne leur fait plus peur, ils ont connu pire. Le camp s’est vu agrandir avec la venue trop importante de réfugiés. Il dispose de 250 tentes/logements avec notamment des habitations de santé, d’aide aux orphelins, d’association, d’interprètes… Au fond du camp principal, j’aperçois un terrain de football. Il se met petit à petit en place puisque le camp a une bonne équipe. Cette dernière fait des compétitions contre les clubs locaux, une bonne manière de s’intégrer à la cité athénienne. L’aventure ne fait que commencer. Mais déjà de belles rencontres, notamment une famille iranienne à qui j’ai réussi à redonner le sourire, tout simplement en m’intéressant à son délicat parcours. 

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No borders

Etape 2 « No Borders ». Le quartier d’Exarcheia, réputé pour son côté alternatif exprime à différents coins de rue son soutien aux réfugiés et démontre l’importance d’ouvrir nos frontières. En parallèle de ma découverte d’Athènes, cette première journée consistait à la préparation de mes prochaines rencontres et de ma visite demain, au camp d’Eleonas. Les droits d’autorisations sont compliqués à obtenir. Il demeure nécessaire de passer par les autorités grecques avec qui je suis en contact depuis plusieurs semaines déjà. En outre, j’ai rencontré mes collèges du UNHCR Athens, un soutien important qui me permet d’appréhender la situation sur le terrain pour les prochains jours.

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Etape 1 - ArrivééEtape 1« En route pour de nouvelles aventures ». Je quitte ma Bretagne natale avec son calme océanique pour découvrir la réalité européenne chez nos voisins grecs. Le pays m’accueille en fin d’après-midi, sous un soleil des beaux jours. Demain place au travail et à la découverte de la ville.